HISTOIRE D'AUVARE

 

Mme FOUQUE dans « La lettre du Moyen Var »


A 75 km de NICE, à 12 km de Puget-Théniers, là où finit le CD 216, blotti au cœur d'une vaste commune pastorale, un petit village : AUVARE, AUVARO en parler local. Le village a une longue histoire. D'abord retraite de fugitifs, il devint forteresse importante puis appartint à des seigneurs de haut lignage. Il somnole maintenant dans le silence de ses vieux murs.

Ce pays heureux, battu des vents, brûlé de soleil, dont les sommets dominent la vallée du Var sous un ciel à portée de la main, étire sur les kilomètres d'un terroir solitaire la plénitude de sa sauvage liberté. AUVARE est classé parmi « les plus beaux villages de France » par une publication internationale.

 

Son nom (azoara), ligure, d'après Charles ROSTAING, atteste que les tribus de « montani capilatti » ont occupé cette contrée. Un vaste site sur le Mont d'AUVARE où se trouvent d'étranges constructions de pierre toutes orientées pareillement, pourrait peut-être donner des renseignements sur ces hommes agiles qui portaient de longs cheveux en signe d'indépendance et préféraient la mort plutôt que l'esclavage. Leurs conquérants romains eurent fort à faire pour les assujettir et gravèrent leurs noms sur le trophée d'Auguste à LA TURBIE en 14 avant J.C.

Pendant les 5 siècles de « Pax romana » la région d'AUVARE fit partie des Alpes-Maritimes dont le procurator vivait à Cimiez. AUVARE dépendit toujours de l'évêché de Glandèves. ROME décadente laissa les Barbares envahir son empire. Vers 580 Cimiez et NICE furent complètement détruites par les Lombards ainsi que VENCE et Glandèves.

 

« Nos ancêtres dont les biens devenaient la proie des flammes furent contraints de se réfugier sur des rocs inaccessibles. Les habitants de Glandèves fondèrent DALUIS, SAINT-LÉGER, LA CROIX et AUVARE en 574 ».

Ces quatre villages furent donc des refuges. C'est pourquoi AUVARE fut construit au flanc abrupt d'un rocher protecteur, surplombant des clues profondes, douves naturelles. Ses plus vieilles maisons, celles du barri (le rempart), sont des fortifications, on y voit encore quelques meurtrières, et au sommet du village un portail de pierre témoigne de ce passé. Un château fort fut construit sur le rocher d'où l'on a un point de vue très étendu.

 

Les Francs occupèrent la Région. Mérovingiens puis Carolingiens possédèrent la Provence dont AUVARE était une baronnie.

En 843 l'empire de Charlemagne fut partagé, la Provence fit partie de la Lotharingie.

Les Comtes de Provence eurent à lutter contre les Sarrazins qui détruisirent à nouveau Glandèves dont les habitants fondèrent ENTREVAUX au l0e siècle.

En 972, l'un d'entre eux Guillaume « Le Libérateur » aidé de toute la noblesse provençale chassa les Arabes et remercia les seigneurs en leur donnant des terres. Balbs de Vintimille obtint la baronnie de BEUIL et ses 22 villages. Un de ses descendants, seigneur du Puget devint baron d'AUVARE.

 

En 1245, le frère de St Louis, Charles d'Anjou, épousa Béatrix, héritière de Provence. Il suivit son frère à la croisade, et fut nommé par le Pape roi de Sicile puis roi de Jérusalem. Dans son comté, il obligea ses vassaux à lui obéir. Le seigneur du Puget dut échanger avec lui AUVARE et certaines terres contre Le Muy. AUVARE appartint dorénavant aux Comtes de Provence puis aux rois de France.

 

Charles 1er fit d'AUVARE « une forteresse redoutable dans laquelle il mit une garnison ». Emmanuel du Puget en fut le gouverneur.

Pendant plusieurs siècles le village vécut au bruit des cavalcades et du cliquetis des armes. Il avait si fière allure que nul n'osa l'attaquer.

Les Templiers possédaient une commanderie à RIGAUD, une autre à PUGET-ROSTANG, une autre à LA CROIX. AUVARE était mi-prévôté de l'évêché de Glandèves, mi-prévôté des Chevaliers de St Jean de Jérusalem.

 

Les successeurs de Charles 1er furent Comtes de Provence et rois de Sicile. Ils eurent à faire face à de nombreuses révoltes en Italie.

Jeanne 1re qui devint reine à dix sept ans, fut très aimée en Provence car elle accorda leurs libertés à de nombreuses communautés. Sous son règne des famines, des épidémies et des invasions firent périr un grand nombre de ses sujets.

La peste de 1348 ôta à PUGET-THÉNIERS le tiers de sa population. Les grandes Compagnies venues de France dévastèrent la Région. Glandèves fut à nouveau détruite. Les loups et les ours reparurent dans le pays.

 

Et Jeanne, la « belle reine Jeanne » dont on disait à AUVARE comme en Provence « Sois fidèle à Dieu et à notre bonne reine Jeanne », la reine Jeanne, malgré ses quatre mariages, n'eut pas d'enfant. A sa mort, ses héritiers se disputèrent ses domaines. Après de longues luttes, l'un deux, Duras, resta à Naples, l'autre, Anjou, garda la Provence et donc AUVARE, forteresse qui fut épargnée alors que d'autres villages sans défense furent envahis.

 

En 1388 Nice se plaça sous l'autorité des ducs de Savoie ainsi que de nombreuses villes de son comté. AUVARE fidèle à Anjou suivit le sort de la Provence et fit partie de la viguerie de GUILLAUMES. Une certaine prospérité s'instaura dans le pays sous le règne du bon roi René. Grâce à lui la Provence devint française en 1481.

La baronnie d'AUVARE passa des seigneurs du Puget qui occupèrent des postes importants en Provence à Joseph de Cambis nommé par François 1er Capitaine du Château de l'île Ste Marguerite. Sa fille Françoise de Cambis vendit son titre à la dame de Beuil, mère du dernier féodal Annibal Grimaldi.

 

Annibal Grimaldi trahit son suzerain le duc de Savoie. Il fut étranglé dans son nid d'aigle de Tourette Revest et tous ses châteaux furent détruits en 1621 ainsi que la forteresse d'AUVARE dont il avait hérité.

En 1705 un descendant des Grimaldi vendit son titre aux Corporandi. Gaspard Corporandi d'AUVARE, brillant général, s'illustra en Espagne sous Louis XV. Le quartier Auvare, caserne d'artillerie à Nice porte son nom. Il existe toujours un baron d'Auvare qui vit en Italie mais possède terres et maisons à AUVARE.

En 1760 Louis XV et le Duc de Savoie firent une rectification de frontière. AUVARE se trouva dans les États du Duc de Savoie, roi de Sardaigne. Les gens du pays n'en continuèrent pas moins à parler provençal et à se servir de la langue française pour leurs écrits privés : testaments, etc. Les actes notariés de cette époque, en langue sarde, portent la mention : « lu et expliqué en langue locale ».

 

Pendant la révolution et le 1er Empire le pays fut occupé de nombreuses années par les armées françaises.

En 1860, Nice et la Savoie durent choisir entre la France et l'Italie. AUVARE vota à l'unanimité pour la France et reprit ses anciennes habitudes. En 1887 un chemin fut ouvert dans la paroi rocheuse du « château » et permit un meilleur accès au village. En 1923 la route de PUGET-THÉNIERS à AUVARE fut achevée.

 

Après la Grande Guerre le village s'est dépeuplé. L'hiver, il n'est habité que par deux familles de bergers. Pendant l'été, des auvarois de souche reviennent y passer leurs vacances.

AUVARE, la citadelle, comme disent encore les plus anciens en parlant du village, n'a plus son château mais demeure toujours le gardien d'un domaine plus que jamais à défendre en ces temps de gâchis « civilisateur ». Ses bois, ses sources, ses rochers, et aussi le témoignage de la vie des hommes, murettes des paysans, « courtils » des bergers ou anonymes constructions du Mont d'Auvare, parlent d'un monde où l'homme a des racines.

Liens Internet :


http://www.provenceweb.fr/f/alpmarit/auvare/auvare.htm

http://www.cote.azur.fr/rando/randonnee_tour-du-mont-d-auvare_84.htm

http://www.cg06.fr/culture/patrimoine-auvare.html

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